Les Amours Imaginaires: Interview avec Niels Schneider et Monia Chokri
A l’occasion de la sortie du film Les Amours Imaginaires (critique ici) le 29 Septembre 2010, j’ai eu l’occasion d’interviewer les deux acteurs du film, Niels Schneider et Monia Chokri. Voici donc la première interview faite avec Niels Schneider, suivi de celle avec Monia Chokri.
C’est votre deuxième collaboration avec Xavier Dolan, comment vous êtes vous rencontrés ?
Je l’ai connu sur le plateau de « J’ai tué ma mère » après on a continué à se voir, on s’est lié d’amitié. Pour la genèse du film « Les Amours Imaginaires », on est parti en voyage avec Monia et Xavier, on a fait un road trip aller-retour Los Angeles Montréal. De ce voyage s’est créé une fraternité et des liens très forts. On a donc eu l’idée de partager un film ensemble, de se retrouver sur un projet artistique. Lorsque Xavier est revenu à Montréal, on s’est rencontré tous les trois pour s’arrêter sur une idée. Xavier a ensuite écrit le scénario très rapidement.
L’avez-vous aidé pour construire l’histoire ?
On a parlé de l’histoire ensemble , du concept, à savoir le duel amoureux avec un objet amoureux et puis après Xavier a écrit. Monia et moi n’avons pas écrit une ligne.
Xavier Dolan dit de lui qu’il est très perfectionniste, comment se passe une journée de tournage avec lui ?
Xavier est très heureux de tourner, c’est son moment préféré. C’est un besoin pour lui de tourner il est donc très joyeux sur un plateau de tournage et il laisse beaucoup de place aux acteurs, il est très libre et il nous fait confiance. Nous n’avons pas eu beaucoup de préparation pour ce film, on a fait une lecture et quatre jours après nous étions en train de tourner le premier plan. Il n’y a donc pas eu beaucoup de travail en amont. Par contre Xavier est très perfectionniste sur des détails sur des petits gestes. Il peut être très exigeant sur un battement de paupières. Sinon, dans l’interprétation en général il nous laisse libre.
Concernant les dialogues du film, vous avez pu les commenter, improviser à un moment ?
Non, sur les dialogues nous n’avons jamais rien changé. Tout le scénario était très « écrit ». Même les interviews (du film) sont très très écrit. Xavier écrit très bien et de manière très naturelle et parlée. Par ailleurs, vu qu’il n’y avait pas beaucoup d’argent, il n’y a pas eu beaucoup de prises. On s’en tenait à ce que Xavier écrivait.
Pour son troisième long métrage, vous n’apparaissez pas dans la distribution, quels sont vos projets futurs ?
Je vais faire des films français cette année. Je vais faire un film de Christophe Charrier, ça va être un premier film avec un scénario de Tristan Garcia qui a écrit « La meilleur part des hommes » que j’ai adoré. Christophe est quelqu’un que j’adore, il a fait un court métrage qui m’a beaucoup plu donc j’ai hâte de travailler avec lui. Et Bernard Bellefroid, c’est son second film, il a fait un film qui s’appelle « La régate » qui est superbe et bouleversant. C’est deux superbes projets avec des réalisateurs que j’aima beaucoup.
J’ai vu que vous étiez-né à Paris…
Oui, je suis français j’ai vécu 10 ans à Paris et quand mes parents ont déménagé à Montréal je les ai suivi et ça fait maintenant treize ans que je suis là.
Du coup, vous envisagez de revenir sur Paris pour votre carrière ?
Oui, on va d’abord faire des festivals tout l’automne et puis après les festivals, si le tournage a lieu, je serai à Paris.
« Les Amours imaginaires » était présent au festival de Cannes, c’était la deuxième fois que vous étiez au festival, comment cela s’est-il passé ?
Pour la première fois avec « J’ai tué ma mère » ça c’était super bien passé et le moment est plus heureux quand le film est apprécié. On est arrivé avec aucune attente et on était déjà en extase de pouvoir aller à Cannes. Quand on a reçu trois prix, ça été formidable.
Sinon, en tant qu’acteur vous avez un modèle ou un acteur fétiche ?
J’aime beaucoup Guillaume Depardieu, Patrick Dewaere c’est vraiment mon acteur fétiche et River Phoenix pour moi c’est ce qu’il y a de mieux en matière d’acteur au cinéma.
Vous m’avez dit que vous allez tourner en France, qu’est-ce que vous appréciez dans le cinéma français ?
Jacques Audiard, c’est le meilleur film que j’ai vu cette année. Je suis fan de lui. Puis il y en a pleins des réalisateurs français, Desplechin, Kéchiche, j’adore ce qu’il fait, Klaplisch,…
Et si on vous deviez choisir un réalisateur avec qui tourner ?
Un réalisateur, Audiard, définitivement ! Honoré aussi j’aime beaucoup ce qu’il fait.
A ce moment, Monia Chokri jusqu’alors coincée dans les embouteillages arrive dans la pièce. Elle se prête à son tour à une séance d’interview, même si elle semble assez fatiguée.
Dans le film vous incarnez une femme jalouse et quelque peu cynique…
Ah bon…Non, je la trouve caustique et fragile.
Comment avez vous aborder ce personnage ?
Ça été assez simple avec beaucoup d’instinct aussi, je me suis beaucoup inspirée de certaines actrices des années 50, 60. Ces espèces d’actrices qu’on retrouve dans « Diabolique » ou aussi Judy Davis dans Maris et Femmes de Woody Allen voilà j’avais des modèles. Marie, c’est un personnage qui joue dans la vie donc forcément j’avais à composer Marie et à composer sa personnalité sociale et à travers ça, camoufler sa fragilité. C’est une partition assez riche mais dangereuse. Après c’est par instinct avec les costumes c’était assez rapide. J’ai trouvé le personnage par l’instinct, rapidement.
Vous allez jouer dans le prochain film de Xavier Dolan, quel sera votre personnage, comment le préparez-vous ?
Oui, oui je joue la sœur de Fred qui est la copine de Lawrence dans le film et c’est l’opposé du personnage de Marie dans Les Amours Imaginaires. C’est une lesbienne, assez rustre, plutot vulgaire avec un franc parler, tout l’inverse quoi.
Vous allez donc retravailler avec Xavier, comment se passe une journée de tournage avec lui ?
Très simplement, c’est quelqu’un de très joyeux et il est très heureux quand il tourne alors ça se fait vraiment dans le bonheur et dans la légèreté. En même temps on travaille beaucoup les détails. Après pour moi, il m’a fait confiance dans la ligne du jeu puis on jouait ensemble aussi donc on s’entraînait l’un l’autre. Mais c’est quelqu’un de très tendre en fait avec ses acteurs et très précis. Quand il parle d’un détail c’est vraiment dans les petites choses dans les petits mouvements. C’est très important pour lui, tous les détails jusqu’à la gestuelle.
Comment avez-vous eu ce rôle, vous avez fait un road trip tous ensemble…
Il l’a écrit pour moi donc il me l’a proposé. Il m’a dit qu’il allait écrire un film donc c’était un peu dur de refuser ce beau cadeau.
En ce qui concerne votre carrière, avec « Les Amours Imaginaires » vous êtes beaucoup plus exposée, vous avez eu des propositions de projets ?
On m’a proposé des rôles au Québec, il y a des choses que je dois lire encore, je dois faire un film en Décembre aussi et après attaquer le film de Xavier. Je regarde aussi du côté de la France. J’ai mon agent ici donc on verra avec la sortie du film. Il y a des pour-parlers, des gens me parlent mais après tout est tellement abstrait. Les gens parlent beaucoup dans ce métier, donc on verra pour la suite.
J’ai vu que vous aviez fait beaucoup de théatre, vous avez envie d’orienter votre carrière de ce côté aussi ?
Ce qui m’intéresse c’est avant tout les projets, c’est pas forcément le médium.
Coté cinéma français, vous avez des affinités particulières avec certains films ou certains réalisateurs ?
Oui bien sur.
Vous pouvez m’en citer un ?
Audiard, Miller (Xavier Dolan entre dans la pièce à ce moment et précise que c’est les réalisateurs avec qui Monia souhaite travailler, les trois acteurs rigolent). Maiwenn, Gavras (père et fils), Agnès Jaoui. Sinon j’aime beaucoup Blier, Godard Truffaut, les grands quoi !
Et un film français qui vous a marqué ces derniers temps ?
Le dernier qui m’a vraiment ému c’est « Un prophète » que j’ai trouvé formidable. (Xavier Dolan, toujours dans la pièce confirme, il a lui aussi beaucoup aimé ce film)
Est-ce que vous avez une actrice fétiche ou un modèle ?
J’en ai plusieurs. Je crois que j’ai eu un choc quand j’ai vu « La Pianiste » avec Isabelle Huppert ça a été vraiment marquant dans ma démarche d’actrice. Sinon, il y en a des tonnes , Juliette Binoche, Julianne Moore, Kate Winslet, Cate Blanchett, je pourrais dire que c’est vraiment un modèle. Quand je l’ai vu dans I’m not There faire ce Bob Dylan elle était fantastique.
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